bannière blog

bannière blog

dimanche 6 novembre 2011

RÉSISTANCE BOURGUIGNONNE (2)

Le mariage de la jeune duchesse Marie a redonné courage aux Bourguignons. Début septembre 1477, les Français tiennent encore Dijon en duché et Gray en Comté. Mais Claude de Vaudrey est à Auxonne et Guillaume de Vaudrey à Vesoul. Georges de la Tremoille (sire de Craon), avec l’aide fournie par Louis XI, assiège Dôle. La riposte bourguignonne est audacieuse : par une nuit d’orage, Guillaume de Vaudrey lance 1.200 hommes sur Gray, surprend la garnison, s’empare de la ville dont les troupes françaises du capitaine Salazar fuient en déroute ; ils repasseront la Saône et rejoindront Dijon. Au matin, la bannière de Bourgogne flotte sur la ville de Gray. Sur ordre de Guillaume de Vaudrey, la garnison de Dôle fait une sortie et attaque les Français. Ce sont les sires de Toulongeon et de Maire qui mènent l’attaque. Les habitants de Dôle massacre 3.000 Français, s’emparent de l’artillerie et la Trémouille est obligé de refluer sur Dijon avec son armée de 14.000 hommes. Ce 1er octobre 1477, la Comté est redevenue bourguignonne.

Ces événements ont un immense retentissement en Bourgogne. C’est un encouragement pour le duché qui se soulève à son tour. En quelques semaines, le duché est repris au roi, sauf Dijon. Certes le peuple souhaiterait se soulever, mais la répression policière française les en empêche. Les troupes de Jean de Chalon prince d’Orange (avec ses 4.000 Suisses) tente l’assaut de la capitale, mais le vieux capitaine Salazar parvient à résister. Malgré cet échec, les chevaucheurs du prince d’Orange parviennent jusqu’à la Loire où la résistance s’est organisée, tandis que d’autres seigneurs locaux ont déjà choisi le camp français. Les Bourguignons ayant rejoint les Français sont dépossédés de leurs terres, aussitôt redistribuées par le prince d’Orange aux fidèles. Situation inverse, mais identique, dans l’autre camp. Durant l’hiver 1477-1478, la situation est confuse : les troupes royales et les troupes bourguignonnes multiplient les combats locaux, les escarmouches. Il est malaisé d’en dresser un compte exact. On s’entretue à l’intérieur des familles, le pays est pillé est ravagé, alors que la majeure partie de la population est hostile au roi ;

La réaction de Louis XI est prompte et démontre l’énergie de son caractère. Georges de la Trémoille seigneur de Craon est relevé de son commandement. Il est remplacé par Charles d’Amboise, le gouverneur de Champagne, à qui il octroie des pouvoirs exorbitants : il met la Bourgogne en état de siège. Il rassemble des troupes pour se jeter sur les deux Bourgognes. Partout où se trouvent des troupes royales, ce sera l’occupation et la guerre sans merci. Auparavant, on ne se ménageait guère ; maintenant ce sera la terreur ! On sait peu de choses de ces événements : il n’est pas bon pour une France républicaine (pour qui Louis XI est un grand roi) de révéler les exactions de ses soldats.

Cependant, il semble que c’est en Charolais que la résistance contre les Français ait été la plus vive. A la fin du XIXè siècle, on découvrit une liasse de documents cachés dans la muraille du château de la Lotte-Loisy (commune de St-Bérain-sous-Sanvignes, département de Saône-et-Loire). Parmi des papiers de famille, d’autres concernent le soulèvement qui éclata dans le Charolais contre les Français en 1477 et 1478.

Les « résistants » y sont nommés : Guillaume de Glorienne (à St-Eugène), Loys et Pelerin d’Essertines (à Vérosvres), Guillaume et Pierre de Fautrières (Palinges), Jehan de Sylly seigneur de la Motte-Loisy, Philibert Testefort, Jehan de Cutigny, Guyon de Trezette, Louys d’Athus, Claude l’Espée, Etienne de Vergy, Jehan de Martigny. Mais ce sont de petits seigneurs, alors que les grandes familles ont préféré le camp du roi de France. Philippe Pot seigneur de la Roche-Nolay fut rayé de l’Ordre de la Toison d’Or où il détenait le N° 59. Même chose pour Jean de Damas seigneur de Clessy en 1481 (N° 64).

Le 31 mai 1477, le prince d’Orange nomme un capitaine et un gouverneur pour le puissant château de Montcenis : Guyon de Trezette. Puis les biens des « traîtres » ayant choisi le camp français sont confisqués et redistribués en octobre. C’est le cas de Philippe de Busseuil, de Jehan de Verdier, de Claude du Bois sgr de Communes, du prévôt de Mâcon, de Philibert de Lespinace (17 octobre 1477). Le château de Montcenis, ayant résisté six mois, fut pris d’assaut par les troupes françaises. Les défenseurs durent prendre la fuite et reçurent du prince d’Orange une indemnité de 50 francs chacun en décembre 1477. Germolles fut confié à Loys d’Essertines, tandis que Sanvignes était confié à Jean de Sully. Mais en mai 1478, un important détachement de l’armée royale, commandé par Jean de Ferrières, occupa le Charolais. Nombre de forteresses furent détruites. Nous n’en savons pas plus.


Charles d’Amboise est un chef militaire averti. Il concentre une forte armée, de l’armement, du ravitaillement. Les villes sont taxées sans pouvoir « dire non ». Du sud de la France arrive soldats et matériels. C’est l’époque où l’artillerie change d’aspect : au lieu de pièces lourdes intransportables, on fabrique des pièces de campagne plus légères et plus nombreuses. Avec ce matériel, les châteaux encore médiévaux ne résisteront pas. Beaune capitule le 2 juillet 1478. Idem pour Flavigny, Mont-Saint-Jean. Tout le Charolais est occupé. Reste encore Beaune. Un fort contingent de troupes bourguignonnes, menées par Guillaume de Vaudrey, tente de délivrer la cité assiégée. Elle n’y parvient pas, étant dispersée par les Français et Vaudrey fait prisonnier. La ville résiste cinq semaines à de violents assaut. Elle doit capituler le 2 juillet 1478. Ce jour-là, la reconquête totale du duché est terminée.

2 juillet 1478 : jour de deuil pour nous, Bourguignons du duché. Ce jour-là, nous avons perdu notre indépendance !

Louis XI ne néglige aucun détail. Pour séduire la bourgeoisie des villes, il multiplie les franchises ; il flatte la noblesse en octroyant des faveurs. Pour convaincre les tièdes et le peuple, il se tourne vers le clergé, accorde des privilèges aux gens d’église : le clergé n’en fera mieux la propagande royale. Il va même à faire un procès au duc Charles le Téméraire (qui est décédé) et à sa fille Marie et son mari Maximilien. Propagande aussi les nombreux voyages de Louis XI pour séduire le peuple : il n’hésite à « prendre des bains de foule » !

Plus dangereuse pour la Bourgogne est l’interdiction qui frappe l’atelier monétaire d’Auxonne : c’est là que Jean de Chalon prince d’Orange frappait les monnaies portant la croix de Bourgogne et qui avaient même valeur que la monnaie royale. Louis XI ordonne une dévaluation et cette monnaie interdite en duché ; les « gros » auront toujours cours en Comté.


Le lecteur devine la stratégie de Louis XI : séparer les deux Bourgognes, en vertu du vieil adage qui prescrit qu’il faut diviser pour régner.

*****************************************

1 commentaire:

  1. Merci pour cette passionnante page d'histoire entre autre sur la résistance en Charolais

    RépondreSupprimer